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Album Facebook Photoquai vu par les visiteurs

Construire une culture numérique et participative dans une institution patrimoniale

Jeudi 16 octobre 2014, la Ville de Bordeaux m’a invité à intervenir lors de la journée « Culture et numérique », dans le cadre de la Semaine digitale. Voici la trame de mon intervention, qui m’offre l’occasion de livrer quelques pistes de réflexion autour du musée participatif, en m’efforçant de montrer comment construire une culture numérique et participative au sein du musée. Il manque quelques éléments qui rebondissaient sur les interventions précédentes, notamment en réponse à mon confrère Samuel Bausson autour des cultures du web et de leur adoption par les musées. Pour plus d’informations, consultez le livetweet avec les deux hashtags #SDBX4 et #culturnumbx14.

Qu’est-ce la participation ? À quel moment commence la participation du visiteur ? Que veut dire « prendre part à » ? Si on s’en tient à la définition la plus stricte, le musée produit un dispositif de visite, qu’il soit temporaire ou permanent, dans lequel le visiteur prend pleinement part en jouant son rôle de visiteur. Il vient visiter, c’est-à-dire voir et être en présence de ce qui lui est proposé par les conservateurs du musée ou les commissaires de l’exposition.

Mais comme on dit : ça, c’était avant. Avant que l’ensemble des outils en ligne apparus au début des années 2000 ne lui permettent de produire, à son tour, un discours sur ce qu’il lui est proposé de visiter. Alors bien sûr, la participation n’a pas commencé en 2007 quand Facebook s’est ouvert à tous ou en 2008, quand Apple a sorti l’iPhone et son système d’applications reposant sur l’iTunes Store. Néanmoins, ces outils ont amorcés une changement de fond dans la relation qui unit le musée et ses publics. Comme nous le savons à présent, la présence des institutions culturelles et patrimoniales sur les réseaux sociaux constitue une première étape dans la mise en place d’une dispositif participatif en ligne, à travers le recueil de la parole des visiteurs et le crédit qui y est accordé. Et forcément, tout cela change aussi la manière dont le musée est organisé, les interactions qui naissent entre les agents de services et de directions différentes, voire d’autres institutions, ainsi que les modes de prise de décision.

Pour amener les visiteurs à participer…

Au musée du quai Branly, lorsque les visiteurs nous posent des questions sur Twitter, que ce soit à l’occasion de l’opération #AskACurator il y a quelques semaines ou lors de la #MuseumWeek au printemps dernier, nous sommes déjà dans une dimension participative. Comme je l’ai déjà évoqué, nous considérons les RSN comme étant à la croisée des trois disciplines que sont la communication, l’information et la médiation. Voici quelques exemples qui n’illustrent pas directement ces trois axes, mais mettent en avant la participation.

À l’automne 2013, à l’occasion de Photoquai, la biennale de photographie internationale que nous organisons en face du musée, nous avons mis en place un album collaboratif sur la page Facebook de l’événement, permettant aux visiteurs de partager leur regard sur la biennale. Ils et elles ont ainsi participé à la médiation entourant la biennale en apportant leur propre regard sur l’exposition, nécessairement non institutionnel, attirant notre attention sur les œuvres favorites, des éléments insolites ou poétiques de l’exposition.

Au printemps 2012, lors des Vacances numériques, nous avons recueilli la parole des visiteurs à propos de Berenson, un robot anthropomorphe, sujet d’un projet de recherche en anthropologie, qui s’interroge sur la notion de goût esthétique. Les publics étaient invités à partager avec le robot leurs avis sur des pièces exposées. L’année suivante, nous avons organisé un edit-a-thon en partenariat avec Wikipédia : conservateurs, wikipédiens chevronnés et visiteurs de passage se sont penchés sur plusieurs pages relatives aux thématiques traitées par le musée, pour les améliorer ensemble.

Comme on le voit dans ces exemples, la participation n’est pas uniquement numérique : aujourd’hui, elle est souvent à mi-chemin entre en ligne et hors ligne, et passe joyeusement d’un support à l’autre. Par exemple, les actions de médiation portées par la Direction des publics trouvent un prolongement avec la mise en ligne, sur le site ou sur la page Facebook du musée des photos, des dessins ou encore des poèmes produits par nos visiteurs pendant les ateliers en famille – le tout, avec leur accord. En outre, on constate également que numérique et participatif sont intimement liés, même s’ils ne sont pas indissociables. Or, une culture numérique ne peut pas se développer sans d’autres couches de pratiques et d’engagements, notamment de la part de ceux qui « font » le musée. Alors, permettez-moi de revenir quelque peu en arrière.

Il faut commencer par l’interne…

Lorsque je suis arrivé au musée il a 2 ans et demi, il n’y avait pas de stratégie numérique globale. La dimension numérique était abordée à plusieurs niveaux, dans plusieurs services eux-mêmes répartis dans plusieurs directions. Mon embauche a été l’occasion pour l’institution d’amorcer une réflexion sur le numérique, et sur le positionnement que le musée devait apporter sur les questions qu’il suppose.

Progressivement et en parallèle à l’ensemble des dispositifs que je viens de lister, je me suis efforcé d’apporter une culture numérique dans l’établissement. D’abord en me rendant aussi disponible que possible pour répondre aux questions que les agents se posent sur le numérique, quelque soit leur niveau dans la hiérarchie. Puis par la mise en place d’une veille mensuelle, un cours bulletin contenant une sélection d’initiatives récentes, que j’envoie à l’ensemble des agents. Enfin, en diffusant autant que possible les informations relatives à l’actualité des rencontres autour du numérique. Créer une culture numérique et participative nécessite de commencer par les collègues les plus proches, pour les sensibiliser à ces enjeux, avant de pouvoir s’étendre aux visiteurs.

Je ne crois pas avoir révolutionné les pratiques à l’interne, mais je m’efforce d’apporter de la cohérence dans l’offre du musée, notamment en facilitant les échanges entre mes collègues. Nous savons tous combien il est parfois difficile d’aller au-delà du cloisonnement entre directions, hors ce cloisonnement va à l’encontre des pratiques numériques, par définition éclatées, décentralisées et moins hiérarchisées. Aujourd’hui, le numérique est abordé dans au moins cinq des sept directions que compte le musée, la question dépasse donc bien sûr mon seul service. Nombreux sont mes collègues à intervenir sur des projets variés que sont le site internet, les réseaux sociaux, les applications mobiles, la signalétique dynamique, les productions audiovisuelles et multimédia.

Justement, parmi les agents plus impliqués en ligne aujourd’hui, nombreux sont ceux qui travaillaient déjà au musée à mon arrivée – certains depuis plusieurs années – et dont la créativité ne demandait qu’à être libérée à travers des outils ou des occasions dédiées (voir notamment les photos et Vine de @jbrkmr). C’est cette dynamique que je m’applique à stimuler, et que nous nous efforçons d’entretenir à travers le comité éditorial, que je coordonne et qui préside aux contenus mis en ligne sur le site internet et les réseaux sociaux.

En s’appuyant sur sa communauté !

Ce qui a changé aussi ces dernières années, c’est que nos missions passent immanquablement par des communautés de professionnels, utilisateurs quotidiens des réseaux sociaux, et qui construisent ensemble de nouvelles expériences de communication et de médiation au musée.

Parmi les nombreuses initiatives nées de la communauté des #museogeeks, figure Muzeonum, la plateforme des professionnels du numérique au musée que je participe à animer. Son objectif est de faciliter le partage de bonnes pratiques, l’accès à la formation et à l’emploi. Ses membres sont des agents d’institutions patrimoniales et culturelles, des professionnels extérieurs (consultants en agence ou indépendants), des chercheurs, des étudiants ou des passionnés. Nous avons développé de nombreux outils parmi lesquels un wiki et un groupe Facebook, qui viennent compléter les outils de veille tels que Twitter. Nous sommes actuellement en train de créer une association, dont le statut administratif nous permettra de développer de nouveaux projets. Compte-tenu de mon implication auprès de Muzeonum, j’incite bien sûr régulièrement mes collègues à participer aux événements de la communautés.

Vers une stratégie numérique globale qui associe les publics

Aujourd’hui au musée du quai Branly, le projet qui nous occupe est la refonte du site web, dont le dévoilement au public est prévu pour le printemps 2015. C’est un projet ambitieux, qui nous amènera à revoir intégralement l’architecture du site actuel, et bien sûr l’interface. La prochaine version sera en responsive web design, un ensemble de règles et de langages qui repose sur les standards du web et qui permet la consultation d’un contenu identique sur tous les supports, qu’ils soient mobiles ou non. Ce site fera la part belle aux bases de données des collections, tout en n’oubliant pas les informations pratiques. Nous espérons que cette nouvelle mise en forme permettra une plus grande appropriation des collections par les visiteurs, favorisant leur participation et leur collaboration dans la construction du propos qui entoure le musée.

Bien sûr, le participatif n’est pas une fin en soit. L’injonction à participer ne doit pas devenir le nouveau ticket d’entrée au musée, favorisant les plus créatifs et les moins timides au détriment des visiteurs pour lesquels la visite physique suffit à définir leur relation au musée. Mais les outils qui permettent aux visiteurs de s’exprimer participent à reconfigurer les liens qui unissent les institutions et leurs publics, à travers une place plus grande accordée à leur parole. Une meilleure prise en compte des retours dont les visiteurs nous font part permet de les associer dans leur diversité, en tenant compte de leurs pratiques culturelles et numériques. Comme mes confrères et mes consœurs d’autres établissements vous en parleront cet après-midi, nous voyons l’usage de Twitter grandir chez les jeunes, tandis que Facebook reste une référence pour les familles, et que de nombreux autres plateformes naissent et se développent, générant de nouveaux usages.

Si le community management est un métier naissant, qui se construit au quotidien, il repose sur les missions premières du musée : la conservation, la valorisation et la diffusion au plus grand nombre des collections nationales. Or, le numérique et les cultures qui en découlent ne s’opposent en rien à ces missions, mais constitue un formidable outil pour les remplir. Si nous souhaitons innover durablement, nous ne nous pouvons plus nous dispenser d’une politique numérique structurée, qui passe notamment par une présence affirmée sur les réseaux sociaux, devenus de véritables vecteurs de notre mission de service public.

Silicon Valois

Les rendez-vous culture et numérique du printemps 2014

Silicon ValoisBeaucoup de rendez-vous culture et numérique pour le printemps ! Voici un petit tour d’horizon de ce qui se passe à Paris, en Grande-Bretagne et à Montréal.

Silicon Valois, du 16 au 28 mai 2014, à Paris

Le Ministère de la Culture accueillera Silicon Valois, au 82 rue Saint-Honoré, un moment d’expérimentation présenté comme « un espace éphémère de rencontre entre la culture et l’univers numérique ». Au programme : des moments de rencontre, des ateliers pour créer, échanger et apprendre, un espace de coworking et un questionnaire.

À noter : mardi 27 mai, de 9h30 à 12h se tiendra une rencontre autour de la #MuseumWeek à laquelle je participerai aux côtés de mes confères Benjamin Benita d’Universcience et Aurore Gallarino du CMN, mais aussi d’Antoine Courtin du labex Les passés dans le présent et Justine Ryst de Twitter, alors que la séance sera animée par Florence Vielfaure pour le MCC.

Le soir même, de 18h30 à 20h, une rencontre Muzeonum aura lieu autour de la thématique « Forces et faiblesses des établissements publics face aux enjeux du numérique ». J’animerai cette séance avec Audrey Defretin, avec la complicité d’Omer Pesquer. La liste des intervenants est en cours de validation, mais il devrait y avoir des représentants d’institutions culturelles ainsi que des consultants ou agences extérieurs.

Hub Day Twitter, vendredi 23 mai à Paris

Le Hub Institute consacre un Hub Day, journée de formations dédiées aux cadres du marketing et de la communication, à Twitter. Ce sera « l’occasion de décrypter avec les acteurs de l’écosystème Twitter, les chiffres clés, les derniers services, les meilleures expérimentations, best practices et plus encore pour tout comprendre du réseau social. »

De grands noms de la communication et de la consommation seront bien sûr présents, mais une table ronde sera consacrée à la #MuseumWeek, avec la participation de Benjamin Benita d’Universcience et Charles d’Hérouville de la Cité de la musique. Une belle occasion de montrer que le community management ne se limitent pas aux entreprises avec des objectifs commerciaux, mais concerne également les institutions culturelles.

Une visite autour du dispositif numérique de Great Black Music à la Cité de la musique, Paris

Le vendredi 13 juin (ne soyez pas superstitieux), Muzeonum vous propose une visite de l’exposition Great Black Music à la Cité de la Musique en compagnie des concepteurs du dispositif numérique. Pas encore de lien, mais vous trouverez bientôt plus d’informations sur le groupe Facebook de Muzeonum.

Forum « Les musées à l’ère numérique », les 11 et 12 juin à Montréal

Les 11 et 12 juin se tiendra le forum « Les musées à l’ère numérique », organisé par la Société des musées québécois dans le cadre de l’accord France-Canada, avec le concours de l’OCIM. Je participerai aux deux journées (la première est réservée aux professionnels, mais la seconde est sur inscription), avec de super intervenants tels que Nancy Proctor du BMA, Samuel Bausson des Champs libres, Valérie Sirard du MAC et Aude Mathey du blog Culture & Communication. J’ai bein hâte de revoir Montréal !

Futur en Seine, du 12 au 22 juin en Île-de-France

Futur en Seine, la grande fête francilienne du numérique, revient pour la cinquième édition. Pour l’occasion, les principales initiatives #museogeeks se retrouveront pour débattre culture et pratique numériques le mardi 17 juin à 18h aux Arts Décoratifs. En plus des habituels Muzeonum, Museomix, Un soir, un musée, un verre, ça sera l’occasion d’en savoir plus sur le #CMmin, la réunion des community managers des institutions patrimoniales créée à l’initiative du Ministère de la Culture. À suivre avec le hashtag #FENS2014.

MuseumNext à NewCastle et Gateshead, du 18 au 20 juin au Royaume-Uni

Du 18 au 20 juin se tiendra la sixième édition de MuseumNext, rendez-vous européen des musées et du numérique. Parmi les interventions, à noter celles de Rui Guerra, co-fondateur de l’agence INTK et initiateur de MuseumAnalytics ; de Mar Dixon, consultante réseaux sociaux, créatrice de CultureThemes et investie dans de nombreux projets dont Museomix UK ;  et l’unique Frenchie, Sébastien Cursan de Cap Sciences, à Bordeaux. Un peu moins d’institutionnels qu’à Museums and the Web, beaucoup de consultants et d’agences, mais toujours des représentants de qualité, venu des quatre coins de l’Europe et parfois d’un peu plus loin.

Rendez-vous Muzeonum à Paris #10, le vendredi 27 juin

Enfin, le dernier Rendez-vous Muzeonum de la saison 2013-2014 sera organisé en partenariat avec Signe de Sens et aura pour thématique l’accessibilité. Il se tiendra le vendredi 27 juin, avant le traditionnel pique-nique de l’été, la première quinzaine de juillet. Plus d’informations à venir sur le groupe Facebook et le fil Twitter de Muzeonum.

Mais aussi à Montréal…

Deux événements un peu à la marge car il s’agit d’art numérique et non d’usage du numérique comme outil de médiation et de communication, mais qui valent le coup d’être soulignés :

  • La biennale internationale d’art numérique (BIAN) à Montréal, depuis le 18 avril et jusqu’au 13 juin prochain.
  • Toujours à Montréal, les festivals Elektra et Mutek s’allient pour présenter le festival EM15, du 27 mai au 1er juin 2014 : musique, performances, installations, notamment au Musée d’Art contemporain de Montréal.

Où que vous soyez, profitez-bien de ce printemps numérique !

MÀJ du 14/05/14 avec ajout de MuseumNext, de la BIAN et d’EM15.

mondes_mediation_culturelle

Des mondes, des rencontres, une médiation ?

Les 17, 18 et 19 octobre derniers, le colloque « Les Mondes de la médiation culturelle » se tenait à Paris 3, à l’initiative du GDRI Opus 2 CNRS. Les 21 et 22 octobre avaient lieu les Rencontres numériques autour de la médiation, organisées par le ministère de la culture. Ayant assisté aux deux (mais pas dans leur intégralité), je vous propose un bref aperçu de ces deux conférences, accompagnées de quelques réflexions que j’en ai tirées.

Les Mondes : le point sur la médiation en sciences humaines et sociales

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Il y a quelques mois, Noémie Couillard et moi avons soumis une proposition de communication autour des formes émergentes de médiation associant les publics, qui a été acceptée. Alors que l’assistance et les intervenants étaient majoritairement composés de chercheur-se-s et des étudiant-e-s en sciences humaines et sociales, j’étais un des rares professionnels à intervenir.

À noter : Noémie et moi étions les seuls (ou presque) à livetweeter, preuve que cette pratique ne s’est pas encore répandu dans toutes les sphères de la recherche. Et un livetweet bien pauvre, en raison d’une mauvaise couverture 3G et de l’absence d’un réseau wifi.

Comme souvent, les matinées étaient occupées par des séances plénières en amphi, interventions de grands noms de la médiation tels que Claire Merleau-Ponty ou Élisabeth Caillet, pour ne citer qu’elles. Les après-midi étaient consacrées à des présentations courtes assemblées autour de différentes thématiques, parmi lesquelles « Médiations et publics éloignés » ou « Médiations muséales ». Vendredi après-midi, la séance à laquelle Noémie et moi participions s’intitulait « Médiation numériques et nouveaux dispositifs ». En quelques minutes, nous avons présenté quelques initiatives – certaines issues des communautés de visiteurs et d’autres, d’institutions – qui tendent vers des formes de médiation participative. Cette présentation a été l’occasion pour moi d’aborder la question des jeunes publics sur les réseaux sociaux, j’y reviendrai prochainement.

Le matin du vendredi 18, Claire Merleau-Ponty a conclu son intervention en déclarant : « Aujourd’hui, la médiation est l’égal de la conservation ». Si cette phrase était clairement un message d’espoir et de motivation adressée à communauté professionnelle qui semble toujours souffrir de mépris au sein de bien des institutions, je ne peux m’empêcher de me demander s’il ne s’agissait pas également d’un acte d’auto-persuasion devant un public conquis, dans lesquels les conservateurs, s’il y en avait, représentaient une minorité déjà elle aussi acquise à la cause.

Quoiqu’il en soit, assister à ce colloque m’a permis de confirmer une intuition sur laquelle je fonde une grande part de mon travail : les outils numériques, et notamment les réseaux sociaux, peuvent devenir des supports de médiation. À travers les communication aux quelles j’ai assistées et les échanges avec d’autres participants, j’ai pu constater à quel point certaines des interactions qui naissent sur Twitter, par exemple, se rapprochent d’actions de médiation présentielle, dont le seul support ne suffit pas à conditionner un changement radical dans la définition de la médiation.

Les Rencontres : le numérique continue à se développer dans la culture

les_rencontres_numeriques

Organisées par le Ministère de la Culture et de la Communication depuis 2009, les Rencontres numériques permettent aux professionnels de la culture de partager leurs bonnes pratiques, mais aussi de découvrir des exemples de projets développés dans tous les secteurs : spectacle vivant, musée, cinéma, archives et bibliothèques, etc. Vous pouvez retrouver les tweets échangés avec le mot-dièse #RencNum13.

Lors des deux conférences, j’ai eu l’occasion d’assister à des présentations autour du dispositif « Léon Vivien, 1914« , une page Facebook portée par le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. Pour les « Mondes », ce sont deux chercheurs, Céline Schall et Jean-Christophe Villatte, qui ont présenté les résultats de leur étude sur le sujet. Lors des Rencontres, c’est Michel Rouger, directeur du musée, et Lyse Hautecoeur, chargée de la communication, qui sont revenus sur l’historique du projet. Tandis que les agents du musée reconnaissaient un certain opportunisme autour d’un dispositif développé grâce au mécénat de compétence de l’agence de publicité DDB, les chercheurs se sont focalisés sur les publications de la page, cherchant à établir si elles constituaient une médiation innovante. Je regrette qu’ils aient choisi de se focaliser sur les publications, listant les contenus éditoriaux et mettant de côté la viralité en renonçant à étudier les partages — à moins qu’il s’agisse d’un choix en raison de la courte durée des présentations.

Pendant les Rencontres, une autre intervention qui a retenu mon attention est la présentation de la stratégie et de la méthodologie sur les réseaux sociaux de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, par deux des membres de son équipe, Claire Chemel et Louis Jaubertie. Après une présentation des plateformes sur lesquelles le service est présent, ils ont détaillé leur fonctionnement interne et sont revenus sur les outils utilisés, parmi lesquels Hootsuite et LaterBro pour la programmation des publications, Diigo pour la veille et le raccourcisseur d’URL Bitly. Un travail en équipe, sans hiérarchie entre les six membres, qui sont à parité de genre et à parité entre deux directions¹. Avec cette présentation, Gallica montre qu’il est possible pour une institution aussi importante que la BnF d’instaurer un fonctionnement dynamique, avec un circuit de validation souple reposant sur la confiance de la direction. Plus largement, elle montre qu’avec patience et bonne volonté, il est possible concilier numérique et institutions culturelles.

Dernier point que je retiendrai de ces Rencontres : les professionnels du numérique dans la culture se mobilisent, notamment à travers deux initiatives, #CMmin et Muzeonum. #CMmin rassemble les community managers des institutions placées sous la tutelle du Ministère de la Culture. Les Rencontres ont été l’occasion d’ouvrir ce groupe aux CM d’autres établissements, et de présenter quelques exemples des formes que peut prendre ce poste dans des structures diverses : une association pour la Cinémathèque française, un CCSTI pour La Casemate, un nouveau musée national pour le MuCEM ou encore un théâtre national pour le Théâtre national de Strasbourg. Deux dispositifs ont brièvement été évoqués : Ask A Curator par Claire Seguret du musée de Cluny et #jourdefermeture par votre humble serviteur. Une enquête de grand ampleur a été annoncée, conduite par Noémie Couillard dans le cadre de sa recherche et soutenue par le MCC, qui permettra de dessiner un portrait plus précis du community management dans les institutions culturelles en France.

Enfin, Muzeonum, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ici, est une communauté de professionnels du numérique dans la culture, fondée en 2011 par Omer Pesquer. Pour la première fois dans un contexte institutionnel, cette initiative portée par une communauté active et mobilisée, a bénéficié d’une visibilité conséquente. La prise de conscience de l’existence de réseaux connexes à celui des #museogeeks, avec les #theatrogeeks, les #scientigeeks et les #bibliogeeks est également un signe encourageant pour le développement d’une dynamique plus large, non limitée aux musées.

Pour conclure

Ces deux conférences, bien qu’adressées à des publics différents, m’ont permis de constater la vitalité des initiatives numériques dans bien des établissements, autant que l’intérêt de la recherche pour ces territoires relativement nouveaux. L’existence d‘un questionnement entourant une « médiation numérique », de ses propriétés et de ses différences avec les dispositifs classiques émerge également, et l’idée même de cette médiation n’est plus un tabou. J’y reviendrai prochainement.

¹ Je n’ai pas retrouvé lesquelles dans le livetweet et dans mes notes.

Mise à jour du 04/11/13 à 11h54 : ajout des postes de Michel Rougier et Lyse Hautecoeur du musée de la Grande Guerre de Meaux, suite aux précisions apportées par Florence Vielfaure.
Capture d’écran, site des Journées du management culturel

À propos de l’atelier « Créer le buzz » lors des #JMC2012

Hier, Gonzague Gauthier et moi animions un atelier dans le cadre des Journées du management culturel. Organisées par les étudiants du master management culturel de l’Université Paris Dauphine, ces journées réunissaient des professionnels de la culture issus de nombreuses institutions franciliennes autour d’un programme de conférences, tables-rondes et ateliers pratiques.  L’atelier s’intitulait « Créer l’événement sur internet : la stratégie du buzz », un titre que nous n’avons pas choisi et qu’il conviendrait d’analyser plus avant, tant le terme buzz1, relié l’instantanéité, est antinomique avec le temps de l’exposition, par définition plus long que la tendance sur le net.

Le déroulement de l’atelier

Pour ouvrir la séance, nous avons demandé aux participants de répondre à trois questions : « Quel est l’objectif des réseaux sociaux pour vous ? », « Dans quel domaine professionnel évoluez-vous/souhaitez-vous évoluer ? » et « Qu’est-ce que le management culturel ? ». Chaque réponse devait tenir en un mot (voire une expression), sur un post-it. Pendant que Gonzague se présentait et présentait le Centre Pompidou, je triais les réponses, en créant des nuages de tag sur le mur. Après ma propre présentation, nous avons fait un rapide tour de table pour connaître les situations professionnelles de chacun des participants.

Cette entrée en matière nous a permis d’en apprendre plus sur les participants et de préciser leurs attentes par rapport à l’atelier. Avec plus de temps, nous aurions voulu valoriser davantage cet petit exercice. Nous avons ensuite détaillé plusieurs exemples, pas toujours issus de nos institutions elles-mêmes, parmi lesquels le principe du livetweet, le bad buzz de la Tate lors de l’opération #askacurator, Ema, Richter et Facebook et même le gros monsieur tout nu de La Redoute (je m’abstiens de mettre un lien sur celui-ci, vous ne m’en voudrez pas ?).

Pour conclure, nous avons listé quelques concepts et outils : créer des rendez-vous sur les réseaux sociaux ; créer l’attente avec le teasing ; créer du lien avec la communauté ou la conversation numérique ; rapprocher le community management du customer relationship management (CRM) ; enfin, la digitalisation de l’entreprise avec la mutualisation des tâches.

Quelques observations

Premier constat, après un rapide tour de table de la vingtaine de participants, il s’avère que la majorité était issue du spectacle vivant et de la musique. Une seule participante travaillait sur des expos, et une autre a déclaré travailler avec des musées en tant que consultante. Nous nous sommes donc efforcé d’intégrer autant que possible des références, comparaisons et mises en parallèles avec les arts du spectacle et la musique, dans un esprit d’atelier pratique. Une collaboration plus poussée avec les organisateurs nous aurait permis de préciser davantage les orientations à donner à cet atelier en fonction du profil des inscrits, notamment.

En outre, nous avons pu constater qu’en réponse à la première question, « Quel est l’objectif des réseaux sociaux pour vous ? », la majorité des participants ont répondu « communiquer » ou « la communication ». La notion de conversation (échange et partage) est arrivée en deuxième position, assez loin. Faut-il avoir peur que les futurs managers de la culture soient toujours dans une logique de diffusion d’un message unique vers un public passif et non engagé ? Un atelier aussi court et un panel aussi restreint ne permet pas de tirer de telle conclusion. Néanmoins, nous profité de l’occasion pour rappeler les principes des réseaux sociaux : la conversation, l’échange direct et la plus grande proximité avec l’institution que dans un schéma classique de communication.

En outre, nous avons étions quelque peu étonnés de voir la faible présence de l’événement sur les réseaux sociaux. La couverture sur Twitter était assez minime : quelques personnes ont livetweeté (parmi lesquelles Gilles Duffau), mais assez peu pour un programme aussi dense sur deux jours. Le hashtag, #JMC2012, n’est pas présent sur le profil Twitter des JMC, et il n’est pas systématiquement utilisé par le compte. Il semble que les organisateurs n’aient pas vraiment pris le temps d’investir les réseaux sociaux, ce qui est assez regrettable, compte-tenu de la richesse du programme. Une chaîne YouTube ou un partenariat avec Dailymotion permettrait de retransmettre une captation de certaines des conférences, un compte Soundcloud de diffuser les enregistrements sonores et un compte Flickr, les photos. D’ailleurs, si nous avons été photographiés et enregistrés, aucune autorisation ne nous a été fait signer.

Prochaine intervention de Gonzague mercredi 10 octobre, dans le cadre du colloque de l’AVICOM, à Montréal (voyez son appel à participation) et prochaine intervention de ma part, jeudi 18 octobre dans le cadre du stage professionnel « Médiation numérique documentaire » à l’ENSSIB, à Lyon.

1Gonzague a, depuis la rédaction de cet article, consacré une note à ce terme. 

Merci à Omer et Guadalupe pour leur soutien et merci à Clélia de nous avoir suggéré aux organisateurs.

Vue des salles de la Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague

Actualités : mes conférences et publications à venir

Actualité muséogeek chargée à la rentrée ! Voici un petit aperçu de conférences et événements auxquels je participe ou j’assiste, ainsi qu’une publication à venir.

Septembre

Le jeudi 13 septembre, j’interviendrai lors d’un débat public organisé par l’association Bête à bon dieu production sur le thème Culture et Communication : les outils de communication à travers les nouvelles technologies à l’Atelier numérique, de Versailles.

Le vendredi 21 septembre, j’interviendrai lors d’un atelier professionnel dans le cadre des Journées du management culturel à l’initiative de l’association des étudiants du Master Management des organisations culturelles de l’Université Paris-Dauphine. Gonzague Gauthier, du Centre Pompidou, sera de la partie et merci à Clélia Dehon de nous avoir suggérés aux organisateurs.

Octobre

La semaine du 8 octobre, je serai à Montréal pour assister au colloque de l’AVICOM, la branche audiovisuelle et numérique de l’ICOM, l’International Council of Museums. Le thème de cette édition est Le développement des nouvelles technologies et la naissance de nouveaux métiers de la muséologie. Quelques français parmi les intervenants : Agnès Alfandari et Catherine Guillou du musée du Louvre, Christophe Courtin, camarade muséomixeur du Château des ducs de Bretagne à Nantes ainsi que Gonzague Gauthier (voir son appel à participation concernant son intervention). Ce colloque sera pour moi l’occasion de rencontrer certains de mes homologues de Montréal et d’ailleurs dans le monde, d’échanger sur nos pratiques respectives.

J’interviendrai ensuite, le jeudi 18 octobre, dans le cadre du stage professionnel “Médiation numérique documentaire” à l’ENSSIB, à Lyon. Je présenterai quelques exemples d’outils numériques de médiation dans les musées, autour des dispositifs participatifs, notamment.

À noter également en octobre : la deuxième édition de Museomix aura lieu les 19, 20 et 21 octobre au musée Gallo-Romain de Fourvière, à Lyon aussi, ainsi que les Rencontres culture numérique qui se tiendront au 104, à Paris les 30 et 31 octobre. Thème cette année : Médiation & numérique dans les équipements culturels. J’aurai sans doute l’occasion d’y revenir.

Novembre

J’aurai l’occasion d’en reparler prochainement : j’ai été invité à participer au premier MOOC francophone, un format de cours particulier en ligne (MOOC signifie Massive Open Online Course). Intitulé ITyPA, pour « Internet, tout y est pour apprendre ! », ce cours sera consacré à la création et à la structuration de son environnement d’apprentissage personnel. Je proposerai une intervention le jeudi 22 novembre à 18h, autour de la création de communautés en ligne basée sur mon expérience des musées. Pour plus d’informations sur le format MOOC, Thot Cursus propose un article très bien fait sur le sujet.

Décembre

Le 11 décembre, j’interviendrai en ouverture du colloque Constructions mémorielles participatives – Collections et mises en réseau en lien avec les deux Guerres mondiales, à l’invitation de Serge Chaumier, professeur à l’Université d’Artois. Ma communication portera sur les logiques participatives dans la médiation. Ces deux journées d’étude auront lieu au In Flanders Fields Museum, à Ypres en Belgique.

Enfin, pour le mois de décembre, je prépare également un article à paraître dans le bulletin de l’AMCSTI, la publication de l’association des musées et centres pour le développement de culture scientifique technique et industrielle. Ce numéro aura pour thème l’innovation, et mon article traitera des dispositifs participatifs dans les musées de société.

Je ne manquerai pas de reparler de tout cela ici, ainsi que sur Twitter .

Mise à jour du 29/09/12 : ajout de la conférence ENSSIB en octobre et du MOOC en novembre.

Museomix

Quelques nouvelles…

Voici quelques semaines que je n’ai rien posté, alors même que plusieurs brouillons s’empilent et que de nouvelles activités pourraient m’amener très prochainement à faire évoluer l’orientation de ce blog. En attendant, voici un court billet pour évoquer une part de mon actualité, ainsi que les multiples initiatives de la communauté informelle des #muséogeeks.

Une conférence et un article à venir

Logo Social Media WeekÀ l’occasion de la Social Media Week de Paris, je participerai à la conférence Musée et numérique : le visiteur 2.0, avec notamment Coline Aunis du Musée national des Arts et Métiers et Omer Pesquer, le mercredi 15 février au Petit Palais. Cet événement est gratuit et s’adresse à tous, il suffit de s’inscrire sur le site pour pouvoir entrer, n’hésitez pas ! Par ailleurs, je prépare actuellement un article sur les nouvelles formes du livre d’or, à paraître prochainement sur le C/Blog, la plateforme du Ministère de la Culture dédiée au numérique. En attendant, vous pouvez (ré)écouter mon intervention sur BFM business (le 17 décembre 2011) à propos de l’article « Le web participatif pour la culture » ainsi que celle d’Omer sur France Culture dans Place de la toile (le 24 décembre 2011), et plus récemment, sur France 24.

Initiatives et actualités par les #muséogeeks

Museomix, qui s’est tenu le weekend du 11 novembre dernier, a été l’occasion de réunir codeurs, bidouilleurs, graphistes, designers, personnels de musées, étudiants chercheurs et curieux en tous genres autour d’une utopie commune : « 3 jours pour remixer le musée ». Après trois jours de travail intense dans la bibliothèque des Arts Décoratifs sur une douzaine de salles sélectionnées, onze équipes de participants ont proposé des projets aussi variés que « Splendeur ou misère des courtisanes », « Savez-vous garder un secret ? (dans les appartements de Jeanne Lanvin) » ou encore « Kaléidomix ».

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez ici.

L’équipe dont je faisais partie a travaillé sur « Visite en perspective », un projet incluant le renouvellement de la signalétique statique actuelle, une signalétique dynamique actualisée en temps réel ainsi qu’un dispositif de réalité augmentée sur tablette tactile à l’accueil « Rotonde », au début de la visite, niveau 3. Demain 4 février, les participants et les organisateurs de Museomix se retrouveront aux Arts Décoratifs pour réfléchir ensemble à l’après et aux éventuelles suites à donner aux projets. Bien évidemment, j’y serai.

logo Muzeonum

Muzeonum, le wiki du numérique au musée, projet également initié par Omer Pesquer, ne cesse de grandir, entre autre grâce à la participation active de la communauté des museogeeks, sur le groupe Facebook. Si vous aussi vous vous intéressez à ces thématiques, n’hésitez pas à demander à Omer de vous ajouter au groupe ou venez proposer des ajouts, corrections, modifications dans le wiki.

Enfin, les rendez-vous #SMV (un soir, un musée, un verre) continuent d’avoir lieu avec un rythme hebdomadaire, en général le jeudi soir, parfois le samedi en version weekend. L’occasion de visiter de belles expos dans une ambiance chaleureuse et décontractée, ou de découvrir des lieux culturels parisiens. Le dernier s’est tenu jeudi 26 au musée du Quai Branly, avec la visite de l’exposition « Samouraï, les armures guerriers » juste avant sa fermeture. Ce soir : « La France en relief », vendredi 3 février au Grand Palais (je n’y serai pas, je serai ), à la Grande Mosquée de Paris samedi 11 février prochain  ou encore à la Gaîté Lyrique pour « 2062 », mardi 21 février prochain.

MÀJ le 03/02/12 à 17:16 – orthographe et précisions.